Lucile Hadzihalilovic/Evolution
Évolution, immersion dans un cinéma organique et radical
Rare dans le paysage cinématographique français, Lucile Hadžihalilović avance à contre-courant. Peu de films, mais une œuvre immédiatement reconnaissable. Avec Évolution (2015), la cinéaste prolonge l’univers troublant esquissé dans Innocence et affirme un cinéma de l’atmosphère, du silence et du malaise diffus.
Sur une île battue par les vents, des garçons vivent sous la tutelle de femmes énigmatiques. Les gestes sont répétitifs, les regards absents, les règles jamais expliquées. Très vite, Évolution se dérobe à toute lecture rationnelle. Lucile Hadžihalilović ne raconte pas une histoire au sens classique : elle installe un climat, une sensation d’inquiétude sourde qui infiltre chaque plan.
Au cœur du film, le corps. Un corps d’enfant observé, manipulé, médicalisé. Là où Innocence interrogeait l’éducation et la sexualisation des jeunes filles, Évolution explore la transformation du corps masculin, détournant les codes de la maternité et de la reproduction. La mère n’est plus figure protectrice, mais présence distante, presque inhumaine. La naissance devient une expérience étrangère, inquiétante, voire monstrueuse.
Visuellement, le film impressionne par sa cohérence plastique. La photographie de Manuel Dacosse, dominée par des bleus et des verts froids, donne au récit une texture aquatique, organique. La mer, omniprésente, agit comme un ventre primitif, à la fois origine et menace. Les sons étouffés, les silences prolongés, la lenteur du montage renforcent cette sensation d’immersion hypnotique.
Lucile Hadžihalilović revendique un cinéma qui refuse l’explication. Pas de psychologie, pas de morale, encore moins de réponses. Évolution s’inscrit ainsi dans une tradition du fantastique d’auteur, où l’horreur naît moins de ce qui est montré que de ce qui est suggéré. Un cinéma du trouble, de l’ellipse, qui sollicite le corps du spectateur autant que son imaginaire.
Avec Évolution, la réalisatrice confirme sa singularité : un regard féminin, politique et profondément sensoriel, qui fait du cinéma un espace d’expérience plus que de récit. Un film dérangeant, fascinant, qui continue de hanter bien après le générique final.
Fiche Technique
Titre : Évolution
Année de production : 2015
Sortie en salles (France) : 16 mars 2016
Durée : 81 minutes
Pays : France, Espagne, Belgique
Genres : Fantastique, science-fiction, horreur
Langue : Français
Format : Couleur, Cinémascope (2,39:1)
Son : Dolby Digital / Dolby 5.1
Classification : Interdit aux moins de 12 ans
Équipe artistique et technique
Réalisation : Lucile Hadžihalilović
Scénario : Lucile Hadžihalilović/Alanté Kavaïté
Production : Les Films du Worso/Noodles Production/Scope Pictures/Volcano Films
Direction de la photographie : Manuel Dacosse
Montage : Nassim Gordji-Tehrani
Décors : Laïa Colet
Distribution (France) : Potemkine Films
Distribution principale
Max Brebant — Nicolas
Roxane Duran — Stella / l’infirmière
Julie-Marie Parmentier — la mère
Nissim Renard — Frank
Mathieu Goldfeld — Victor
Pablo-Noé Étienne — Lucas
Nathalie Le Gosles — le docteur
22nd Sarajevo Film Festival Interview