Lucile Hadzihalilovic

/A Propos de La Tour De Glace...

Avec La Tour de glace, Lucile Hadžihalilović poursuit son exploration des territoires troubles de l’enfance et du désir.
Présenté comme un conte sombre aux frontières du réel et de l’imaginaire, le film se déroule dans les années 1970 et suit Jeanne, une adolescente de 15 ans qui s’échappe d’un orphelinat de montagne. Errante et solitaire, elle trouve refuge dans un vaste bâtiment isolé, bientôt révélé comme étant un plateau de cinéma.


C’est là que se tourne une adaptation de La Reine des neiges de Hans Christian Andersen. Jeanne y découvre un monde artificiel fait de décors glacés, de projecteurs et de silences, dominé par la présence de Cristina, actrice célèbre et énigmatique qui incarne la souveraine de glace. Fascinée par cette figure à la fois maternelle et inquiétante, Jeanne se rapproche d’elle, glissant peu à peu dans une relation marquée par l’admiration, la dépendance et l’ambiguïté.

À mesure que le tournage avance, les frontières entre le conte, le film en train de se faire et la réalité de Jeanne se brouillent. La jeune fille semble se perdre dans cette tour de glace symbolique, attirée par la promesse d’un autre monde et d’une autre identité. Lucile Hadžihalilović met en scène ce basculement avec une grande économie de dialogues, privilégiant les corps, les regards et une atmosphère froide et hypnotique.


Porté par une mise en scène rigoureuse et une esthétique glacée, La Tour de glace s’impose comme un récit initiatique troublant, où le cinéma devient à la fois refuge, piège et miroir des désirs inavoués. Le film interroge la construction de soi à l’adolescence, le pouvoir de fascination des figures idéalisées et la violence silencieuse des rapports de domination, thèmes récurrents dans l’œuvre de la cinéaste.


43ème Festival du Film Fantastique de Bruxelles /BIFFF 2025