Allociné/Gaspar Noé

En mai 2010, à Cannes, Gaspar Noé se présente au micro d’Éric Kervern pour AlloCiné, dans un format court et percutant, rappelant que le cinéma, pour lui, se vit avant tout par le corps. À l’époque, il défend Enter the Void, expérience hallucinatoire en 3D explorant la vie, la mort et la conscience. Dans cette interview de deux minutes, Noé insiste sur son obsession pour l’immersion : « Le spectateur doit ressentir avant de comprendre », explique-t-il, jetant les bases d’un cinéma frontal, sensoriel et profondément personnel.


La discussion avec Kervern permet au public de saisir l’intention derrière la provocation : filmer frontalement la drogue, la transe ou la mort n’est jamais gratuit, mais destiné à capturer des expériences humaines rarement représentées à l’écran. La 3D, alors expérimentale, est pensée comme un outil d’intimité et de perception, et non comme un simple gadget. Le ton est direct, sincère, fidèle à l’image que Noé cultive depuis ses débuts.


Cinq ans plus tard, en 2015, la rencontre avec le même public cannois pour Love révèle la continuité de ce projet artistique. Le sexe, filmé sans détour, n’a pas pour but de choquer mais de traduire la vulnérabilité des corps et des émotions. Les principes évoqués en 2010 — immersion, sincérité, approche sensorielle — trouvent ici leur prolongement dans un mélodrame romantique audacieux.


Ainsi, entre Enter the Void et Love, l’entretien avec Éric Kervern devient un fil conducteur : un regard sur le cinéma de Noé où l’excès n’est jamais gratuit et où chaque geste, chaque plan, vise à faire ressentir l’expérience avant de la comprendre. Du vertige hallucinatoire à l’intimité amoureuse, le réalisateur reste fidèle à sa conviction : le cinéma doit être vécu, et non simplement observé.