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À Locarno, Gaspar Noé parle du temps, de la mort et d’un cinéma sans compromis


Locarno. Invité du forum public du Festival du film de Locarno, Gaspar Noé a livré une conversation dense et introspective autour de son travail, de son film Vortex et de sa conception radicale du cinéma.


Connu pour des œuvres qui bousculent autant le corps que l’esprit du spectateur, Noé s’est montré ici moins provocateur que lucide. D’emblée, il affirme ne pas chercher le choc pour le choc : ses films, dit-il, sont avant tout une réponse personnelle à des peurs profondes — la vieillesse, la maladie, la perte de contrôle, la mort.


Vortex, film de la finitude


Au cœur de la discussion, Vortex apparaît comme l’œuvre la plus intime du réalisateur. Loin de la violence frontale d’Irréversible ou de l’hystérie sensorielle de Climax, le film explore la dégradation progressive d’un couple âgé confronté à la démence et à l’effondrement du corps. Noé insiste sur son refus du mélodrame : il ne s’agit pas de susciter la pitié, mais de montrer une réalité souvent évacuée du cinéma.


Le choix du split-screen, explique-t-il, n’est pas un effet de style mais un dispositif narratif essentiel. En divisant l’écran, le film donne à voir la séparation mentale et émotionnelle des deux personnages, pourtant physiquement proches. Une manière de traduire visuellement l’isolement qui précède la mort.


Des acteurs choisis pour ce qu’ils sont



Noé revient longuement sur son travail avec Dario Argento et Françoise Lebrun. Il dit privilégier des interprètes capables d’apporter leur propre vécu, leur fragilité et leur présence, plutôt que des performances trop maîtrisées. L’improvisation occupe une place centrale dans son processus : les scènes naissent de situations plus que de dialogues écrits, afin de préserver une forme de vérité brute.


Un cinéma de l’expérience


Interrogé sur la violence et le malaise que suscitent ses films, le cinéaste assume pleinement. Pour lui, la vieillesse et la maladie sont des formes de violence aussi cruelles que celles, plus spectaculaires, habituellement acceptées à l’écran. Refuser de les montrer relèverait d’un mensonge.


Noé revendique un cinéma de l’expérience, qui ne cherche ni le consensus ni le confort. Un film qui dérange ou pousse un spectateur à quitter la salle est, selon lui, plus vivant qu’une œuvre polie et immédiatement oubliable.


Filmer pour conjurer la peur


La conversation se conclut sur une note existentielle. Gaspar Noé confie sa peur de la perte de mémoire, de l’effacement de l’identité, et reconnaît en Vortex son film le plus sombre, mais aussi le plus sincère. Tant qu’il aura des angoisses à transformer en images, affirme-t-il, il continuera à faire du cinéma.


À Locarno, Gaspar Noé n’a pas cherché à provoquer. Il a plutôt livré le portrait d’un cinéaste pour qui filmer reste un acte vital, une manière de regarder en face ce que la plupart préfèrent ignorer.