Love 3D Entretien Cannes 2015
Sur la Croisette, Gaspar Noé n’a jamais été un cinéaste comme les autres. En présentant Love en compétition officielle au Festival de Cannes 2015, le réalisateur argentin a une nouvelle fois transformé la conférence de presse en performance, prolongeant dans le discours la radicalité de son cinéma.
Dès l’annonce du film, le scandale précède les images. Love, mélodrame amoureux tourné en 3D, promet des scènes de sexe non simulées et une représentation frontale du désir. À Cannes, l’attente est électrique. Face aux journalistes, Noé apparaît fidèle à lui-même : détendu, provocateur, parfois agacé, refusant toute forme de justification morale.
Le cinéaste balaie d’emblée l’étiquette pornographique. Pour lui, Love est avant tout « une histoire sentimentale », le récit d’une passion dévorante et destructrice. Montrer le sexe sans ellipse serait, selon lui, la seule manière honnête de parler d’amour, de jalousie et de perte. « On accepte très bien la violence au cinéma, mais pas le désir », lance-t-il, dénonçant une hypocrisie qu’il juge profondément ancrée dans le regard occidental.
Interrogé sur l’usage de la 3D, Noé se montre presque pédagogue. Loin du spectaculaire, la technologie sert à rapprocher les corps, à accentuer l’intimité, à immerger le spectateur dans une mémoire sensuelle et mélancolique. La 3D devient ici un outil émotionnel, au service d’un film qu’il décrit comme l’un de ses plus personnels.
Les échanges sont parfois tendus. Certaines questions sur la provocation ou la place du film à Cannes irritent le réalisateur, qui assume pleinement la division qu’il suscite. Il ne cherche ni le consensus ni la respectabilité, préférant un cinéma qui dérange à un cinéma qui rassure.
À l’issue de la conférence, une chose est certaine : Love ne laissera personne indifférent. Comme souvent avec Gaspar Noé, le film et sa présentation publique se confondent en un même geste radical. À Cannes, le cinéaste rappelle que l’amour, lorsqu’il est montré sans filtre, reste l’un des derniers grands tabous du cinéma contemporain.