Love3D/

CRITIQUE/CANNES 2015

Présenté lors d’une séance de minuit au Festival de Cannes 2015, Love de Gaspar Noé arrive sur la Croisette précédé d’une attente considérable. Filmé en 3D, annoncé comme une expérience sensorielle et intime, le long métrage suscite immédiatement une curiosité intense. À l’issue de la projection, le film ne provoque pas le scandale annoncé, mais installe un débat durable parmi les spectateurs.


Du côté du public, les réactions sont contrastées, mais rarement hostiles. Certains spectateurs expriment une forme de réserve face à un film jugé exigeant, à la narration fragmentée et au rythme contemplatif. La frontalité des scènes sexuelles, loin de choquer unanimement, déstabilise surtout par sa durée et son refus du spectaculaire. Pour une partie de l’audience, Love demande un abandon que tous ne sont pas prêts à accorder.


En contrepoint, de nombreux spectateurs défendent le film comme une proposition singulière au sein de la sélection cannoise. Ils saluent la dimension romantique et mélancolique de l’œuvre, perçue comme une variation sur l’échec amoureux, la mémoire et le regret. Le sexe, omniprésent, est vu non comme un élément provocateur, mais comme un langage narratif à part entière, utilisé pour dire la vulnérabilité des corps et la fragilité des sentiments.


La 3D, souvent évoquée dans les discussions, divise elle aussi. Là où certains y voient un dispositif déroutant, d’autres soulignent son rôle immersif, renforçant la proximité émotionnelle avec les personnages. Pour ces spectateurs, Noé détourne un outil habituellement spectaculaire pour en faire un vecteur d’intimité.


Ce qui rassemble finalement le public cannois autour de Love, au-delà des désaccords, c’est la reconnaissance d’un geste d’auteur assumé. Gaspar Noé ne cherche ni le consensus ni la provocation gratuite. Il propose un film qui prend le risque de la sincérité, quitte à exposer ses failles. Cette honnêteté, souvent évoquée par ses défenseurs, explique pourquoi Love continue d’alimenter la discussion bien après la projection.


À Cannes, Love n’a pas fait l’unanimité, mais il a trouvé ses spectateurs. Et dans un festival où l’événement tend parfois à primer sur l’expérience intime, le film de Gaspar Noé s’est imposé comme une œuvre de friction douce : dérangeante pour certains, précieuse pour d’autres, mais difficile à ignorer.