GasparNoé/
Entretien/Avignon 2015
Le 12 août 2015, Gaspar Noé apparaît au cinéma Le Pandora, à Avignon, fidèle à l’image qui le précède : silhouette nonchalante, parole libre, regard à la fois distant et attentif. À l’occasion de la présentation de Love, le cinéaste ne vient pas défendre un film, mais exposer une vision du cinéma — la sienne, radicale, sensorielle, sans compromis.
Depuis Seul contre tous jusqu’à Enter the Void, Noé s’est imposé comme un réalisateur qui refuse le confort du spectateur. Avec Love, il opère pourtant un léger déplacement : moins de provocation frontale, plus de fragilité émotionnelle. Une évolution qu’il revendique face au public avignonnais. « Je voulais faire un vrai film romantique », explique-t-il, tout en assumant le caractère explicitement sexuel des images. Pour lui, montrer le corps n’est jamais gratuit : c’est une manière de parler du temps qui passe, du désir qui s’use, de la mémoire qui s’effiloche.
Lors de l’échange animé par François Theurel, Gaspar Noé parle beaucoup, parfois à contre-courant, toujours sans filtre. Il évoque son rejet des conventions narratives, son intérêt pour les sensations physiques — le son, la lumière, le mouvement — et son refus de la psychologie explicative. Le cinéma, dit-il, doit fonctionner « comme une drogue ou un rêve », capable de provoquer un état plutôt que de livrer un message.
Noé se montre également lucide sur la réception polémique de son œuvre. Les accusations de provocation, il les balaie d’un revers de main. Ce qui l’intéresse, ce n’est pas le scandale, mais l’honnêteté. « Le sexe fait partie de la vie, mais le cinéma le traite souvent comme quelque chose de honteux », affirme-t-il. Love devient alors, sous sa parole, un film sur l’échec amoureux, plus que sur l’érotisme.
Face au public du Pandora, Gaspar Noé n’adopte ni posture professorale ni stratégie de séduction. Il accepte le malaise, les silences, les désaccords. C’est précisément là que son cinéma prend sens : dans la confrontation directe. Cette rencontre avignonnaise agit comme un prolongement naturel de son œuvre, un espace où l’auteur continue de provoquer, non pour choquer, mais pour forcer à regarder autrement.
À Avignon, ce soir-là, Gaspar Noé n’a pas cherché à s’expliquer. Il s’est exposé. Comme toujours.