Climax/Opening Dance Scene


Dès ses premières minutes, Climax affirme son projet par une séquence devenue emblématique : une longue chorégraphie collective, filmée en plan large quasi continu, qui fait office de véritable scène d’entrée dans le film. Plus qu’un simple numéro de danse, cette séquence fonctionne comme un manifeste esthétique et politique du cinéma de Gaspar Noé.


La caméra, placée frontalement dans un premier temps, laisse le groupe se déployer dans l’espace nu du bâtiment. Les corps s’agrègent, se séparent, se défient. Chaque danseur impose brièvement son style — krump, voguing, hip-hop, danse contemporaine — avant d’être réabsorbé par le collectif. Le montage, volontairement minimal, refuse la fragmentation : le spectateur est contraint de regarder la performance dans sa durée, de s’immerger dans l’effort physique et l’énergie brute des corps.


Cette chorégraphie, réglée avec une précision millimétrée, instaure une illusion d’harmonie et de cohésion. La musique — pulsation électronique hypnotique — agit comme une force unificatrice. Le groupe apparaît soudé, exalté, presque euphorique. Pourtant, sous cette célébration du mouvement, Noé glisse déjà une tension sourde : l’excès, la compétition, la domination de l’espace par certains corps annoncent la fragilité de cet équilibre.


La scène joue ainsi un rôle fondamental : elle condense tout le film avant même que le récit ne commence vraiment. La danse devient métaphore de la fête à venir, mais aussi de sa chute. Ce qui est ici maîtrise, virtuosité et communion se transformera plus tard en désordre, en perte de contrôle et en violence. En donnant à voir les corps avant de montrer les psychés, Noé inscrit Climax dans une logique profondément sensorielle, où la narration passe d’abord par le rythme, la sueur et l’épuisement.



Enfin, le choix d’ouvrir le film par cette chorégraphie n’est pas anodin : il séduit le spectateur, l’enveloppe dans une énergie presque jubilatoire, avant de le piéger. Climax commence comme une célébration du collectif et du mouvement, pour mieux en révéler, par la suite, le potentiel de chaos. La beauté du geste devient alors le prélude à la catastrophe.