Lucile Hadzihalilovic
Réalisatrice, scénariste, monteuse et productrice française, Lucile Hadžihalilović est née le 7 mai 1961 à Lyon. Depuis le début des années 1990, elle développe une filmographie rare et exigeante, marquée par une forte cohérence esthétique et thématique. Son œuvre occupe une place singulière dans le paysage du cinéma d’auteur européen.
Origines et formation
Lucile Hadžihalilović est issue d’un père bosnien et d’une mère française. Elle passe une grande partie de son enfance au Maroc, un contexte qui marque durablement son imaginaire et son rapport aux images. Elle y découvre le cinéma très jeune et fréquente régulièrement les salles, développant une sensibilité visuelle qui influencera par la suite son travail de réalisatrice.
De retour en France, elle entreprend des études d’histoire de l’art, avant d’intégrer l’Institut des hautes études cinématographiques (IDHEC), aujourd’hui connu sous le nom de La Fémis. Elle y réalise son film de fin d’études, La Première Mort de Nono (1987), qui aborde déjà des thèmes liés à l’enfance et à la perception du monde.
Débuts professionnels et collaborations
Au début des années 1990, Lucile Hadžihalilović cofonde avec le cinéaste Gaspar Noé la société de production Les Cinémas de la zone, conçue comme une structure indépendante permettant de produire des films en dehors des circuits traditionnels. Cette collaboration marque une période importante de son parcours professionnel.
Elle travaille notamment comme monteuse sur les films Carne (1991) et Seul contre tous (1998), et participe également à l’écriture de certains projets de Gaspar Noé. Parallèlement, elle développe ses propres films, occupant souvent plusieurs fonctions artistiques et techniques.
Premiers films et reconnaissance
En 1996, elle réalise La Bouche de Jean-Pierre, un moyen métrage sélectionné à la section Un Certain Regard du Festival de Cannes. Le film, centré sur le point de vue d’une jeune fille confrontée à des situations troublantes, révèle un style fondé sur l’ellipse, la suggestion et une attention particulière aux sensations plutôt qu’au récit explicatif.
Ce film marque la reconnaissance critique de la réalisatrice et annonce les thématiques qui traverseront l’ensemble de son œuvre : l’enfance, l’isolement, la violence latente du monde adulte et les espaces clos.
Les longs métrages
En 2004, Lucile Hadžihalilović réalise son premier long métrage, Innocence. Inspiré librement de la nouvelle Mine-Haha ou l’éducation corporelle des jeunes filles de Frank Wedekind, le film se déroule dans un pensionnat isolé où de jeunes filles sont soumises à une éducation mystérieuse et ritualisée. Le film est largement salué pour sa mise en scène, son atmosphère et son approche sensorielle du récit.
Après plusieurs années de développement, elle revient au long métrage avec Évolution (2015). Le film met en scène une communauté étrange composée de femmes adultes et de jeunes garçons vivant sur une île isolée, dans un univers aux accents fantastiques et inquiétants. Cette œuvre confirme l’intérêt de la cinéaste pour les mondes fermés, les corps en transformation et les récits énigmatiques.
En 2021, elle réalise Earwig, son premier long métrage tourné en anglais. Inspiré d’un roman de Brian Catling, le film se déroule dans un décor austère et met en scène une relation étrange entre une jeune fille et son gardien. Le film poursuit l’exploration d’un cinéma de l’atmosphère, fondé sur le silence, les gestes et la matérialité des corps.
En 2025, elle présente La Tour de glace, librement inspiré du conte La Reine des neiges de Hans Christian Andersen. Le film, qui mêle récit initiatique et réflexion sur le cinéma lui-même, est présenté en compétition à la Berlinale et reçoit l’Ours d’argent de la meilleure contribution artistique.
Courts métrages et autres œuvres
Outre ses longs métrages, Lucile Hadžihalilović a réalisé plusieurs courts et moyens métrages, parmi lesquels Good Boys Use Condoms (1998), Nectar (2014) et De Natura (2018). Ces œuvres, souvent expérimentales, prolongent ses recherches formelles autour de la nature, du corps et de la transformation.
Style et thématiques
Le cinéma de Lucile Hadžihalilović se caractérise par une narration minimaliste, une grande importance accordée à la mise en scène, au son et à la lumière, ainsi qu’un refus des explications explicites. Ses films privilégient l’expérience sensorielle et laissent une large place à l’interprétation du spectateur.
Les thèmes récurrents de son œuvre incluent l’enfance, l’apprentissage, l’enfermement, la métamorphose et les relations de pouvoir. Son univers visuel et narratif, souvent qualifié d’énigmatique ou d’inquiétant, la distingue nettement dans le cinéma français contemporain.
Engagement et reconnaissance
Lucile Hadžihalilović est membre du collectif 50/50, qui œuvre en faveur de la parité et de la diversité dans le cinéma et l’audiovisuel. Son travail a fait l’objet de nombreuses sélections et récompenses dans des festivals internationaux et de rétrospectives dans des institutions cinématographiques.
Peu prolifique mais constante dans ses choix artistiques, elle est aujourd’hui reconnue comme une cinéaste majeure du cinéma d’auteur contemporain, dont l’œuvre privilégie la singularité formelle et la liberté créative.
PAGE WIKIPEDIA LUCILE HADZIHALILOVIC : https://fr.wikipedia.org/wiki/Lucile_Had%C5%BEihalilovi%C4%87