Innocence
Innocence, ou le trouble de l’enfance mise en scène
Le film est librement adapté de la novella Mine-Haha, or On the Bodily Education of Young Girls (1903) du dramaturge allemand Frank Wedekind, qui décrit une éducation corporelle et sociale singulière de jeunes filles dans un contexte isolé.
Avec Innocence, Lucile Hadžihalilović signe une œuvre rare, silencieuse et dérangeante, qui s’inscrit à contre-courant du cinéma narratif classique. Situé dans un internat isolé au cœur d’une forêt, le film suit le quotidien de jeunes filles coupées du monde, soumises à une éducation rigide et mystérieuse. Aucun repère temporel précis, peu d’explications : le spectateur est invité à observer, à ressentir, plutôt qu’à comprendre immédiatement. Cette opacité assumée fait toute la singularité du film.
Innocence explore la frontière fragile entre l’enfance et l’adolescence. La réalisatrice filme les corps avec une attention quasi chorégraphique : gestes répétés, cours de danse, rituels quotidiens. L’apprentissage devient discipline, la grâce côtoie l’inquiétude. L’innocence du titre n’est jamais idéalisée; elle est au contraire traversée par la peur, l’attente et la transformation. Le film interroge ainsi la manière dont la société façonne les corps féminins dès le plus jeune âge, souvent dans le silence et l’obéissance.
Visuellement, Innocence se distingue par une esthétique épurée et sensorielle. La lumière naturelle, les décors fermés, la présence constante de la nature environnante renforcent une atmosphère onirique, presque irréelle. Peu de dialogues, une bande sonore discrète : Lucile Hadžihalilović privilégie la suggestion à la démonstration. Cette approche divise, fascine ou déroute, mais ne laisse pas indifférent.
Œuvre exigeante, parfois inconfortable, Innocence s’adresse davantage au regard qu’à la logique. Il s’agit moins d’un récit que d’une expérience cinématographique, où le spectateur est invité à réfléchir sur l’éducation, le contrôle et la perte progressive de l’innocence.
Un film qui confirme la place singulière de Lucile Hadžihalilović dans le paysage du cinéma d’auteur européen.
FICHE TECHNIQUE
Titre original : Innocence
Année de production : 2004
Pays : France, Royaume-Uni, Belgique
Genre : Drame, fantastique, film psychologique
Durée : 122 minutes (environ 2h02)
Langue originale : Français
Sortie en France : 12 janvier 2005
Réalisation et écriture
- Réalisation : Lucile Hadžihalilović
- Scénario : Lucile Hadžihalilović
- Œuvre originale : d’après Mine-Haha ou l’éducation corporelle des jeunes filles de Frank Wedekind
Distribution principale
- Marion Cotillard : Mademoiselle Eva
- Hélène de Fougerolles : Mademoiselle Edith
- Zoé Auclair : Iris
- Léa Bridarolli : Alice
- Bérangère Haubruge : Bianca
Équipe technique
- Direction de la photographie : Benoît Debie
- Montage : Adam Finch
- Musique originale : Richard Cooke
- Décors : Arnaud de Moléron
- Costumes : Laurence Benoit
- Son : Jean-Luc Audy
- Production déléguée : Patrick Sobelman