Un Chien Andalou 1929/Luis Buñuel
En 1929, Luis Buñuel et Salvador Dalí signent un court-métrage devenu l’un des manifestes les plus radicaux du surréalisme. Un Chien andalou, d’une durée d’une quinzaine de minutes, rompt délibérément avec les codes narratifs traditionnels. Aucun récit linéaire, aucune psychologie stable : le film procède par associations d’images, comme un rêve qui échappe à toute logique rationnelle.
Dès les premières secondes, une scène devenue célèbre (un œil tranché au rasoir) impose une esthétique du choc.
L’objectif est clair : provoquer, déranger, et court-circuiter les réflexes d’interprétation du spectateur. Buñuel revendiquera plus tard un cinéma affranchi de toute signification imposée, fidèle à une écriture automatique inspirée des théories de l’inconscient.
Conçu à partir de rêves échangés entre les deux artistes, le film enchaîne des visions fragmentées : une main grouillante de fourmis, des corps attirés et repoussés, des objets sans lien apparent. Cette construction libre fait écho aux idées de Sigmund Freud, dont les travaux sur les rêves influencent alors profondément les avant-gardes européennes.
Présenté à Paris à la fin des années 1920, le film suscite à la fois fascination et scandale. Il s’impose rapidement comme une œuvre fondatrice, ouvrant la voie à un cinéma expérimental qui privilégie l’image, le symbole et la sensation sur le récit. Près d’un siècle plus tard, son pouvoir de perturbation reste intact.