La Cinematheque 2025 | Bande Annonce
Du 15 au 21 septembre 2025, La Cinémathèque française consacrait une rétrospective à la cinéaste Lucile Hadžihalilović, figure rare et précieuse du cinéma contemporain. Une semaine pour traverser près de trente ans d’une œuvre aussi discrète que profondément singulière.
Au programme, l’intégralité ou presque d’une filmographie courte mais dense : du premier choc, La Bouche de Jean-Pierre, chronique dérangeante d’une enfance fracturée, à Innocence, conte énigmatique situé dans un pensionnat de jeunes filles hors du monde. La cinéaste y impose déjà sa grammaire : lenteur hypnotique, attention aux gestes, refus de l’explication psychologique.
Avec Évolution, plongée organique dans une île peuplée de femmes et d’enfants, son cinéma s’ouvre à une dimension plus ouvertement fantastique, presque biologique. Plus tard, Earwig confirme ce goût pour les espaces clos, les figures tutélaires ambiguës et les corps en mutation. Courts métrages compris — De natura, Nectar — la rétrospective donnait à voir une œuvre cohérente, sculptée dans le silence et la suggestion.
Point d’orgue du cycle : La Tour de glace, son dernier long métrage, librement inspiré d’Andersen, où une jeune orpheline se laisse fasciner par une actrice énigmatique. Le film prolonge les obsessions de la réalisatrice — fascination, emprise, métamorphose — dans un écrin visuel glacé, presque minéral.
Au-delà des projections, une rencontre publique permettait à Hadžihalilović de revenir sur son processus de création : peu de dialogues, un travail minutieux sur les décors et les sons, et cette volonté constante de préserver le mystère. « Montrer sans expliquer » pourrait résumer une démarche qui place le spectateur face à ses propres interprétations.
Cette rétrospective confirmait ce que son parcours suggérait déjà : à l’écart des modes, Lucile Hadžihalilović poursuit une œuvre exigeante, sensorielle, où l’enfance n’est jamais innocente et où le fantastique surgit moins comme un effet que comme une évidence souterraine.